1) Le PSA : utile, mais pas parfait
Le PSA (antigène spécifique de la prostate) est une protéine produite par la prostate. Un PSA “élevé” peut être lié à un cancer… mais aussi à des causes fréquentes et bénignes :
-
Hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) (prostate qui grossit avec l’âge)
-
Inflammation/infection (prostatite)
-
Rapports sexuels récents, certaines manipulations urologiques, etc.
Autrement dit : un PSA élevé n’est pas un diagnostic de cancer. C’est un signal qui doit être interprété avec l’âge, le volume de la prostate, les antécédents, l’examen clinique, et souvent, une imagerie.
2) L’IRM prostatique (mpMRI) : le “game changer”
La grande évolution, c’est l’arrivée de l’IRM prostatique multiparamétrique (souvent appelée mpMRI). Elle permet :
-
de repérer des zones “suspectes”
-
de classer le niveau de suspicion (souvent via une échelle type PI-RADS)
-
et surtout de guider la suite : biopsie ciblée ou parfois surveillance
Les recommandations européennes ont renforcé la place de l’IRM dans le parcours diagnostic et de suivi, notamment en surveillance active.

Ce que ça change concrètement :
Avant, on faisait plus souvent des biopsies “systématiques” (plusieurs prélèvements répartis) sans cible précise. Aujourd’hui, lorsqu’une IRM montre une lésion suspecte, on peut réaliser des biopsies ciblées sur cette zone, souvent associées à quelques prélèvements systématiques selon le contexte.
3) Biopsies : de plus en plus en voie transpérinéale
Autre changement important : la voie de biopsie. Les recommandations européennes mettent en avant la biopsie transpérinéale (en passant par la peau entre les testicules et l’anus) plutôt que la voie transrectale, notamment pour réduire certains risques infectieux.

Pourquoi c’est important ?
Parce que la voie transrectale traverse une zone riche en bactéries intestinales, ce qui explique une partie des infections post-biopsie. La voie transpérinéale, elle, limite mais n’annule pas cette exposition.
4) Et si l’IRM est normale : pas toujours “tout va bien”
Si l’IRM ne montre pas de lésion suspecte, c’est plutôt rassurant, mais ce n’est pas automatiquement “zéro risque”. Selon le niveau de suspicion clinique (PSA, densité de PSA, antécédents…), l’urologue peut :
-
proposer une surveillance (PSA + suivi)
-
ou discuter une biopsie systématique dans certains cas
L’objectif est d’éviter les gestes inutiles, mais aussi de ne pas rater un cancer significatif lorsque les signaux sont forts.
5) Dépistage : pour qui, quand, comment ?
Le dépistage se discute surtout :
-
à partir de 50 ans (plus tôt si antécédents familiaux, facteurs de risque)
-
en tenant compte de l’espérance de vie et des comorbidités
-
avec une logique de décision partagée : comprendre bénéfices et limites
Le point clé : le but n’est pas de trouver “n’importe quel” cancer, mais de détecter les cancers cliniquement significatifs, ceux qui justifient un traitement.
6) Si on trouve un petit cancer : traiter tout de suite ? Pas forcément
Autre évolution majeure : la prise en charge des cancers à faible risque. Dans beaucoup de situations, on peut proposer une surveillance active plutôt qu’un traitement immédiat. Cela consiste à suivre le cancer de près (PSA, IRM, parfois biopsies de contrôle) et à traiter seulement si des signes d’évolution apparaissent.
Les recommandations EAU 2025 détaillent la place de l’IRM dans ce suivi : une IRM stable peut permettre d’alléger certains gestes, mais ne remplace pas toujours les biopsies selon les profils.
7) En résumé : le “nouveau” parcours le plus fréquent
Même si chaque cas est différent, voici l’esprit du parcours moderne :
-
PSA ± examen clinique
-
Si doute : IRM prostatique
-
Si lésion suspecte : biopsies ciblées
-
Si cancer : discussion du risque (faible / intermédiaire / élevé)
-
Options : surveillance active ou traitement (selon profil)
8) Quand consulter rapidement ?
Consultez sans tarder si :
-
vous avez des douleurs osseuses inexpliquées, amaigrissement, fatigue majeure
-
une rétention urinaire (impossibilité d’uriner)
-
du sang dans les urines (hématurie)
Pour un dépistage “simple” : si vous avez plus de 45–50 ans (selon risques) et que vous vous posez la question, le mieux est une consultation dédiée, pour un plan clair et personnalisé.

